Certes, cette rentrée littéraire 2025 met l’accent sur les récits de famille et d’origines, explorant les fondements de ce qui nous a forgés ou détruits. Cependant, elle aborde également les dysfonctionnements du monde, y compris les enjeux climatiques et la violence persistante faite aux femmes. Tout cela est traité avec des plumes aiguisées qui évitent le pathos avec brio.
La Nuit au cœur de Nathacha Appanah
Cette enquête saisissante s’ouvre sur le portrait presque stéréotypé de trois hommes, dont la violence à l’égard de leurs compagnes est un point commun, culminant pour deux d’entre eux dans le meurtre. Nathacha Appanah nous avertit : son empathie ne sera pas accordée à ces personnages. Elle consacre plutôt du temps à présenter sa cousine Emma, assassinée par son mari au début des années 2000, et Chahinez Daoud, brûlée vive par son époux en 2021. Elle évoque également une période de sa vie où elle a vécu sous la domination d’un homme brutal et manipulateur, offrant une réflexion lucide sur l’emprise, sujet qui trouve sa place dans la littérature.
Kolkhoze d’Emmanuel Carrère
L’un de nos écrivains français préférés, Emmanuel Carrère, revient avec un ouvrage qui mêle habilement son histoire personnelle à la grande Histoire. Dans ce livre, il rend hommage à sa mère récemment disparue, tout en retraçant le parcours de sa famille sur quatre générations, notamment celui d’Hélène Carrère d’Encausse, une historienne de renom. Carrère nous dévoile une écriture d’une élégance minimaliste, n’épargnant personne, pas même lui-même. Le titre Kolkhoze fait écho à l’idée de rassembler ses enfants autour d’elle, sur son lit, et non à une ferme agricole, comme l’indique le sens en russe.
Au grand jamais de Jakuta Alikavazovic
La disparition d’une femme est au cœur de ce récit. Jakuta Alikavazovic dresse le portrait de sa mère, une émigrée yougoslave à la personnalité parfois énigmatique. Pas besoin de mots superflus, il suffit d’écrire : “Elle était l’espace, le monde. Elle était aussi dans mes gestes.” À travers les ressemblances et les ruptures qui les unissent, Alikavazovic signe un cinquième roman autofictionnel qui pourrait bien être son œuvre la plus aboutie.
La Maison vide de Laurent Mauvignier
Les rumeurs d’un potentiel prix Goncourt entourent ce roman captivant de Laurent Mauvignier, qui remonte à la fin du XIXe siècle. À l’instar d’Emmanuel Carrère, il plonge dans ses archives familiales tout en insufflant un souffle romanesque impressionnant à ses 700 pages. En citant l’écrivain René Boylesve, Mauvignier révèle son intention de rapporter le vécu tout en l’inventant, créant ainsi une fresque qui rappelle les Rougon-Macquart, avec des références à Zola, notamment à travers l’œuvre complète que possédait son arrière-grand-mère.
Paranoïa de Lise Charles
Dès les premières lignes, il est clair que Louise n’est pas une lycéenne ordinaire. En effet, elle a été une enfant star, actrice d’une série que tout le monde connaît sauf elle. Cette complexité rend sa vie loin d’être un rêve. Découpé en deux parties, le récit nous intrigue jusqu’à un dénouement qui refuse d’être tranché. Paranoïa se présente comme un récit d’apprentissage contrarié, porté par l’écriture vive et maîtrisée de Lise Charles, et une narratrice attachante dès les premières pages.
Au temps de ma colère de Camille de Toledo
Deux dates marquent ce récit : le 9 novembre 1989 et le 11 septembre 2001, qui servent de socle narratif. Camille de Toledo explore ici les sentiments qui l’ont animé lors de l’écriture de son premier livre, Archimondain jolipunk. Il revient sur sa relation avec sa mère, journaliste politique, et son désir de rompre avec une classe privilégiée. Ce récit dense allie politique et poésie, se concluant sur une figure féminine importante de son enfance, touchante et inattendue.
Tant mieux d’Amélie Nothomb
Quand la petite Adrienne doit manger un petit déjeuner qu’elle a déjà vomi deux fois sous les ordres cruels de sa grand-mère, une phrase de sa mère résonne en elle : tant mieux. Malgré l’abandon qu’elle a subi, Adrienne se répète ce mantra tout au long de sa vie, durant laquelle elle deviendra mère d’une future écrivaine. Ce récit, bien que fictif en apparence, est empreint d’une vérité touchante, représentant une belle œuvre de la prolifique Amélie Nothomb.
Les dernières écritures d’Hélène Zimmer
Professeure de français, Cassandre Mercier, après une rupture amoureuse dévastatrice, décide de réorienter son enseignement en faisant découvrir à ses collégiens Le Bilan, un récit climato-catastrophique. Suite à une tentative de suicide d’une élève, une avocate, Céline Ladurie, vient défendre Cassandre, qui traverse aussi un chaos existentiel. Les dernières écritures brille par son humour corrosif et son esprit vif, loin de tomber dans le tragique.
Tressaillir de Maria Pourchet
“Une proie. D’aussi loin que je me souvienne, ma peur la plus vive est de l’être.” Un jour, Michelle quitte son domicile, étouffée par son compagnon, Sirius. Elle s’installe temporairement dans un hôtel pour rester proche de sa fille et consulte un psy pour surmonter son mal-être. Lorsqu’on lui propose un projet dans sa région d’enfance, elle accepte, bien que cela l’oblige à affronter ses traumas. La plume de Maria Pourchet explore la quête de liberté d’une femme, tout en illustrant les risques de se laisser broyer par le monde.
La mauvaise joueuse de Victor Jestin
Victor Jestin raconte l’addiction au jeu à travers le parcours de Maud, qui, après un accident de voiture, s’enfuit et succombe à sa passion pour le jeu. Au fur et à mesure, elle se dépouille de ses biens, tandis que des souvenirs d’enfance refont surface, éclairant peut-être les racines de sa pathologie. La mauvaise joueuse est aussi un portrait de femme, écrit sans jugement par un auteur empathique.
La Vocation de Chloé Saffy
Tout commence par un message sur Facebook, envoyé à Chloé Saffy, reconnue pour ses explorations de la sexualité. Une jeune femme, Salomé, souhaite partager son expérience de soumission à des bourgeois, incluant services, châtiments et autres pratiques BDSM à la limite du soutenable. Le récit captivant de Chloé Saffy, qui ne se contente pas de dépeindre un tableau social, contient également une tension fictionnelle palpable.
Finistère d’Anne Berest
Après avoir exploré ses racines juives maternelles avec La Carte postale, Anne Berest se penche sur ses origines bretonnes en retraçant l’histoire d’une famille engagée, de son arrière-grand-père Eugène, créateur de la première coopérative agricole, à son père Pierre, un brillant scientifique. Ce récit intime et touchant brosse aussi le portrait d’une France des années 1960-70, à la fois proche et lointaine, évoquant des convictions passionnées qui suscitent la nostalgie.
Jouer le jeu de Fatima Daas
Dans La Petite Dernière, Fatima Daas a su capter l’essence du récit d’apprentissage, et elle réitère avec brio. Cette fois-ci, nous suivons Kayden, une lycéenne talentueuse encouragée par sa professeure de français. Bien entourée, elle devient de plus en plus consciente du regard de son enseignante et aspire à intégrer Sciences Po. Mais sortir de sa classe dépend de bien plus que des mots. Ce récit témoigne du style brut et réfléchi de Daas, offrant un portrait poignant d’une jeune adulte en devenir, au cœur de cette rentrée littéraire 2025.
Surchauffe de Nathan Devers
Dans l’archipel des Andaman, le peuple Sentinelle refuse toute intrusion sur leur île, malgré les ambitions d’un projet hôtelier de luxe. Jade, accablée par son travail et un mariage médiocre, est chargée de ce projet. En reliant le burn-out à la catastrophe écologique imminente, Nathan Devers nous offre un roman palpitant qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière page.