Cela fait bientôt dix ans que nous suivons le parcours de Léonie Pernet. Après un premier EP, une bande originale de film, et son premier album, Crave, sorti en 2018, elle a su imposer un langage musical unique. Multi-instrumentiste accomplie, formée au Conservatoire de Reims en percussions classiques, Léonie confie : “J’ai souvent un rapport à mon corps assez compliqué, peut-être divisé… Les percussions, c’est un instrument charnel, engageant physiquement.” Sa vocation s’est révélée tôt, au lycée, qu’elle a quitté pour passer son bac en candidat libre. Lors d’une nuit sous LSD, elle écoute Philip Glass, voit passer les morts et les vivants, et écrit ces mots : “comme le poète, comme le meurtrier, comme le prêtre”, des figures essentielles à notre société, pour le meilleur ou le pire. Elle réalise alors, profondément, que sa place sur cette terre est d’être musicienne.
Cette détermination se retrouve dans Poèmes pulvérisés, un recueil de 11 morceaux d’une beauté à la fois fragile et affirmée, qui tente d’apaiser notre anxiété face au changement climatique et à la montée de la violence. Plus qu’un simple antidote, cet album est un compagnon de route. Avec ses mélodies captivantes, son chant gracieux, et ses sons organiques mêlés à des éléments électroniques, Léonie nous transporte entre l’Europe et l’Afrique. Lors de son séjour au Niger, elle a rencontré une partie de sa famille paternelle et a découvert une citation de René Char qui a profondément résonné en elle : « j’ai saisi ma tête comme on prend une motte de sel et je l’ai littéralement pulvérisée ». Ces mots expriment parfaitement ce qu’elle a ressenti en revenant du Niger, un lien inscrit dans sa quête de transcendance.
Ce n’est pas la première fois que Léonie Pernet explore ses racines. En 2021, après avoir rencontré son père biologique, son album Cirque de Consolation témoignait déjà de cette quête. Un paradigme qui nourrit ses créations depuis toujours. “Aujourd’hui, je n’ai plus de quêtes biographiques, affirme-t-elle. J’avance sur mes deux jambes, car j’ai rencontré les personnes que je devais rencontrer.” Parmi elles se trouvent des complices comme les fondatrices de Cry Baby, un label engagé auprès de ses artistes, ainsi que des collaborateurs tels que le réalisateur Jean-Sylvain Le Gouic, Clara Ysé (en chœurs sur le très évocateur “Réparer le monde”) et la comédienne Louise Chevillotte, dont la voix récite René Char sur le magnifique morceau d’ouverture, “Brûler pour briller”.
La recherche de Léonie Pernet est également sonore. “Je suis obsédée par le son, c’est de pire en pire. Mes expérimentations sonores m’ont toujours passionnée, et aujourd’hui, elles sont enrichies par une voix plus précise qu’auparavant. Les textes, je m’efforce de les élever au même niveau.” Léonie écrit beaucoup à la main, rature, et répète les débuts de phrases jusqu’à trouver l’enchaînement parfait. “Mes cahiers ressemblent vraiment à ceux d’une personne qui a besoin de soins!” s’amuse-t-elle. “C’est étrange, car j’écris jusqu’à ce que j’ai une étincelle et que je me retrouve, d’une certaine manière.”
Avec une approche synesthésique, il n’est pas surprenant que Léonie Pernet travaille sur des bandes originales de films (notamment avec Cyprien Vial) et des séries, comme H24 et le prochain volet de Culte, qui raconte l’histoire du boys band 2Be3. Touchée par le parcours de ces amis de banlieue confrontés au système, elle a été sensible à l’attention portée par la réalisatrice à leur récit. Au Festival de Cannes, elle a également été membre du jury pour le film La Petite dernière d’Hafsia Herzi, qui a remporté une Queer Palm cette année : “Une expérience que j’ai adorée, où je me suis sentie à ma place.” Sur scène, son ADN percussif brille : “Dans les lives, c’est essentiel, car en mélangeant les timbres, nous créons des imaginaires inédits. Dans ce monde abîmé, c’est magnifique de marier les percussions traditionnelles du Moyen-Orient et d’Afrique avec la musique électronique et le néoclassique.” C’est beau, significatif et résolument salvateur.
Léonie Pernet, Poèmes pulvérisés, Cry Baby. En tournée à travers la France cet automne, elle se produira à Rock en Seine le 24 août et à l’Olympia de Paris le 31 mars 2026.