Suite au décès de Nathalie Baye, de nombreux cinéastes expriment leur admiration pour cette talentueuse comédienne. Noémie Lvovsky, qui l’a dirigée dans « Les Sentiments » en 2003, se remémore une actrice qui était une “très grande camarade”.
Dans « Les Sentiments », réalisé par Noémie Lvovsky, une histoire d’adultère ordinaire se transforme en chef-d’œuvre grâce à des acteurs exceptionnels tels que Jean-Pierre Bacri, Isabelle Carré et bien sûr, Nathalie Baye. Suite à l’annonce de son décès ce samedi, nous avons sollicité la cinéaste pour qu’elle nous parle de son expérience avec l’actrice et de cette période de tournage.
Quelle image de Nathalie Baye vous vient immédiatement à l’esprit ?
De nombreuses images m’envahissent, des souvenirs d’avant notre rencontre, celle d’une grande actrice d’une incroyable grâce, issue des films qui ont marqué mon enfance et qui m’ont inspirée à faire du cinéma. Je pense notamment aux œuvres de François Truffaut, de Jean-Luc Godard, ainsi qu’à un film de Pialat… Si elle a laissé une empreinte indélébile dans de nombreux films, c’est dans La Chambre verte de Truffaut que, pour moi, elle brille tout particulièrement. Ce film aborde le lien avec les défunts et je l’ai découvert très jeune. Il y a un moment clé entre son personnage et celui joué par Truffaut, où ce dernier déclare : « Nous aimons les morts, nous ne voulons pas qu’on les oublie, nous n’acceptons pas qu’on les trahisse, nous sommes pareils ». Elle lui répond : « Non, nous ne sommes pas pareils. (…) Nous n’avons pas la même façon d’aimer les morts. Vous, vous aimez les morts contre les vivants ». Ces mots m’ont profondément touchée. L’amour de la vie qu’elle dégage dans ce film, elle le vivait également dans sa propre existence. Bien sûr, elle était consciente de la mélancolie, mais son désir de vivre et de joie éclipsait tout. C’était vraiment magnifique.
Vous l’avez dirigée dans Les Sentiments en 2003…
Inspirée par tous ces films dont je vous parlais, j’ai eu envie de créer une œuvre collective. Ainsi, Les Sentiments est devenu mon quatrième film. J’ai constaté qu’elle était une véritable camarade de tournage, non seulement pour le film lui-même, mais pour tous ceux qui y participaient, y compris moi en tant que réalisatrice, l’équipe technique et ses partenaires, notamment Jean-Pierre Bacri. Je pense qu’elle a été une camarade pour presque tous les cinéastes avec qui elle a collaboré. Elle comprenait le travail de ceux qui se tenaient derrière la caméra et savait les soutenir. Elle ne choisissait pas ses films uniquement pour le rôle proposé, mais pour le projet dans son ensemble, en sachant qu’un film repose avant tout sur le cinéaste. Nous avons également joué ensemble dans L’un reste, l’autre part de Claude Berri en 2004, et elle était pleine de joie et de rires.
Elle avait tout de même la réputation d’être une très grande travailleuse…
C’était indéniablement vrai ! Son parcours de danseuse a sans doute contribué à cela. J’ai eu la chance de travailler avec d’autres comédiennes ayant également une formation de danseuse, et j’ai remarqué chez elles un goût prononcé pour l’effort ainsi qu’une profonde humilité, notamment dans leur rapport au corps, qui peut parfois les trahir… Et puis, sa voix. Elle était celle de l’horloge parlante dans L’Homme qui aimait les femmes de Truffaut… Vous me demandiez ce qui me venait à l’esprit ? Pour moi, Nathalie, c’est aussi cela : une voix, aussi gracieuse que sa présence, belle et lumineuse. D’ailleurs, j’ai une envie irrésistible de réécouter sa voix en horloge parlante dans L’Homme qui aimait les femmes…