Incarné avec une froideur terrifiante par Ralph Fiennes dans le film de Spielberg, diffusé ce dimanche soir, le SS était connu pour son sadisme redoutable. Voici le récit de ce personnage, l’un des pires salauds du cinéma — et de l’Histoire.
Plus le méchant est maléfique, plus le film est captivant, affirmait Alfred Hitchcock avec sagesse. Avec Amon Göth, Steven Spielberg a dépeint l’incarnation parfaite de la cruauté dans La Liste de Schindler. Lors de sa première apparition, le SS-Hauptsturmführer, interprété par Ralph Fiennes avec une intensité glaçante, ordonne l’exécution d’une ingénieure déportée, préoccupée par les travaux dans le camp de travail forcé de Plaszow, en Pologne. « Tiens, une juive cultivée, comme Karl Marx… » s’exclame-t-il avant d’instruire ses hommes d’exécuter à la lettre les directives de la malheureuse. Plus tard, on le voit prendre un plaisir sadique à tirer sur les détenus depuis le balcon de sa villa. Spielberg et son scénariste, Steven Zaillian, n’ont, hélas, rien inventé : le Viennois Amon Göth, membre du parti nazi et de la SS autrichienne depuis 1930, était surnommé « le boucher de Hitler » pour une bonne raison.
Psychopathe et paranoïaque
Après avoir fait ses premières armes dans les camps d’extermination de Belzec, Sobibor et Treblinka, il rejoint l’état-major de la SS à Cracovie en août 1942, avant de fonder le camp de Plaszow et d’en prendre le commandement en février 1943. À Plaszow, les conditions de vie sont si ignobles que l’espérance de vie des déportés ne dépasse pas quatre semaines. Ryszard Polanski, le père du cinéaste Roman Polanski, a survécu à cet enfer et a témoigné de l’horreur du sadisme d’Amon Göth dans les lettres poignantes qu’il a écrites à son fils, publiées l’an dernier dans Ne courez pas ! Marchez ! (éd. Flammarion).
« Psychopathe et paranoïaque, [il] était le maître de dix-huit mille personnes, hommes et femmes », raconte Ryszard Polanski. Il décrit comment Göth s’était fait construire par les prisonniers « un luxueux palais […] décoré avec les plus beaux meubles confisqués aux Juifs, où il organisait de somptueuses fêtes » — y jouaient des musiciens professionnels, qui, le temps d’une soirée, abandonnaient leurs guenilles pour revêtir un smoking. « Lorsque le maître de maison était bien éméché, il se plaçait devant le violoniste et déclarait d’une voix forte : “Sale Juif, tu joues plutôt bien, mais je vais quand même te tuer un jour.” »
Le matin suivant l’une de ces soirées alcoolisées, Göth décide d’inspecter les prisonniers alignés avant leur départ pour le travail. Soudain, il tire deux balles dans la tête de l’un d’eux et lui hurle : « Pourquoi me regardes-tu bêtement dans les yeux ? » Douze secondes plus tard, deux nouveaux coups de feu résonnent, une nouvelle victime s’effondre et Göth déclare : « Pourquoi ne me regardes-tu pas dans les yeux ? »
En 1944, alors que l’Armée rouge approche, le camp de Plaszow est démantelé. Le responsable juif de la sécurité et sa femme, qui se croyaient « presque divins », sont exécutés par Göth, « de ses propres mains », précise Ryszard Polanski. « Avant de leur tirer dessus, il leur a dit d’un ton moqueur : “Je vous ai promis tant de fois de vous abattre, que je ne peux pas vous quitter sans tenir ma promesse. Qu’est-ce que vous auriez pensé de moi ?” » Plus tard, Göth devient la cible de la Gestapo, qui l’accuse d’avoir amassé trop de richesses grâce à la spoliation des biens juifs. Il est rétrogradé au rang de simple soldat. Ryszard Polanski a eu l’occasion de le revoir au camp de Mauthausen, où il a été transféré : « Lorsqu’il nous a vus, il a crié : “Mais ce sont mes Juifs !” Dans son esprit, nous étions sa propriété. »
Rapatrié en Allemagne, Amon Göth est arrêté par les troupes américaines en mai 1945 dans un sanatorium, avant d’être extradé vers la Pologne pour y être jugé pour ses innombrables crimes. Condamné à mort le 5 septembre 1946, il est pendu huit jours plus tard dans la cour de la prison Saint-Michel de Cracovie. Il est le premier cadre nazi à avoir été exécuté pour ses crimes de guerre, avant même les accusés du tribunal de Nuremberg.