Depuis mon enfance, j’étais cette petite fille qui passait ses après-midis à habiller ses amies avec les talons de ma mère et à explorer les trésors de sa garde-robe. Ainsi, Le Diable s’habille en Prada est rapidement devenu une évidence pour moi. Mon rêve était de devenir journaliste dans l’univers de Miranda Priestly. À l’âge de huit ans, j’ignorais bien sûr tout ce que ce métier impliquait réellement. Pourtant, installée dans le fauteuil en velours rouge de la salle de cinéma, j’étais fascinée par les shootings, les conférences de rédaction et les présentations des créateurs de mode. Je voulais absolument faire partie de ce monde où l’on connaît la signification du bleu céruléen, où l’on sait distinguer les nuances entre deux ceintures apparemment identiques et comprendre ce qu’elles apportent chacune à une silhouette. Après ce visionnage marquant, j’ai regardé le DVD une bonne dizaine de fois.
Le Diable s’habille en Prada : un regard plus nuancé
Vingt ans plus tard, je l’ai revu. Une fois de plus. Pas par simple nostalgie, mais avec la curiosité de confronter ce rêve d’enfant à la réalité d’aujourd’hui, surtout avec la sortie imminente du deuxième opus.
Cette nouvelle vision du film est bien plus complexe. Dès les premières minutes, une violence insidieuse me frappe. Le culte de la maigreur est omniprésent. Les silences pesants, les regards jugeants, les critiques acerbes et les exigences absurdes ne me semblent plus aussi risibles qu’il y a deux décennies. Pourtant, je perçois le personnage de Miranda d’une manière différente. Derrière son apparence froide se cache la vision de Runway. Son exigence est une réponse à la pression incessante de cette industrie impitoyable. Comment lui en vouloir ? Miranda a dédié sa vie à son travail et en subit les conséquences. Le tyran qu’elle semble être n’est qu’une façade, car sa vulnérabilité serait perçue comme une faiblesse dans un environnement aussi compétitif. Un luxe qu’elle ne peut se permettre. Lorsqu’elle annonce son divorce à Andy, elle lui confie : “Je refuse d’imaginer ce qu’ils vont encore écrire sur moi. La femme dragon obsédée par sa carrière éconduit un autre Monsieur Priestly.” Puis, se reprenant immédiatement : “Ça me laisse parfaitement indifférente, ce qu’on peut écrire sur moi. Mais mes filles, c’est tellement injuste pour elles.” Miranda n’est pas simplement une tyran, elle est le produit d’un système. Si cela n’excuse pas la méchanceté dont elle fait preuve, cela en explique l’origine et nuance ses contours.