Une étude menée par la plateforme américaine de cinéma Fandango révèle que 87 % des jeunes âgés de 18 à 25 ans ont assisté à au moins une séance en salle l’an dernier. Une statistique qui surprend, mais qui ne devrait pas tant que ça. Spoiler : le cinéma n’est pas mort, il coexiste simplement avec nos habitudes de scrolling et de liking… avant de nous plonger dans l’obscurité des salles.
Du canapé à la salle : un faux divorce ?
Le cinéma français traverse actuellement une crise persistante des salles. Une étude du Centre national du cinéma (CNC) publiée en janvier 2023 montre une baisse d’environ 30 % de la fréquentation par rapport à l’époque d’avant la Covid. Ce paradoxe soulève des questions. En réalité, plusieurs tendances étaient déjà à l’œuvre avant la crise sanitaire : sédentarité, goût pour le cocooning, fatigue mentale et physique, souvent décrite comme de la “flemme”, redéfinissant ainsi nos pratiques culturelles.
La pandémie a accentué ces tendances, rendant le visionnage à domicile plus courant. Dans ce contexte, l’acte d’aller au cinéma a perdu son caractère ritualisé. Ce qui était autrefois une sortie planifiée devient désormais une option interchangeable, souvent annulée à la dernière minute. Les salles de cinéma font face à une concurrence accrue de toutes sortes de loisirs, y compris les plateformes de livraison et de streaming.
Par ailleurs, l’offre cinématographique a subi une transformation structurelle. Les sorties se multiplient, leur durée d’exploitation se réduit, et les blockbusters attirent une part importante de l’attention, souvent au détriment des films indépendants. Cet “embouteillage” capte l’attention des spectateurs. Pour les jeunes, habitués à un choix illimité, le cinéma devient une option parmi d’autres, loin d’être une nécessité. Un déséquilibre persiste entre l’immédiateté des séries en ligne et la temporalité plus lente des projections en salle, en particulier pour les œuvres plus intimes. Les avancées technologiques renforcent cette désacralisation du cinéma et modifient notre désir de découvrir des films. Il est désormais plus facile de s’équiper en écrans haute définition, projecteurs et confort domestique. Le phénomène du home cinéma s’est ainsi développé, intégrant le visionnage dans une logique de confort. Pourtant, cela ne s’oppose pas nécessairement à la fréquentation des salles. Comme le souligne le réalisateur et enseignant au Conservatoire libre du cinéma français, Chaouki El Ofir, dans une conversation avec Hugo Decrypte, une figure emblématique du journalisme Gen Z, les cinéastes ont toujours su anticiper les envies du public. Mais avec la vidéo à la demande, le film est désormais accessible à tout moment. Alors, pourquoi la Gen Z continue-t-elle de fréquenter les salles ? Tout simplement parce que cette accessibilité crée un manque : celui de l’événement, de la rareté, du collectif. En d’autres termes, la perte de la sortie ritualisée ouvre la voie à sa réinvention.