Le secteur des cryptomonnaies traverse actuellement une phase paradoxale, tiraillé entre une euphorie boursière retrouvée et une pression législative grandissante, tant en Europe qu’aux États-Unis. En France, l’heure est à la mise en conformité d’urgence pour les acteurs du marché, tandis que le cours du Bitcoin ignore les incertitudes politiques pour franchir de nouveaux sommets.
Course contre la montre pour l’agrément MiCA
La situation devient critique pour les entreprises de cryptomonnaies opérant dans l’Hexagone. Selon des informations rapportées par Reuters mardi, l’Autorité des marchés financiers (AMF) dresse un constat préoccupant : seulement 30 % des sociétés non licenciées ont entamé les démarches nécessaires pour obtenir le sésame européen imposé par le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets).
Stéphane Pontoizeau, directeur au sein de l’AMF, a précisé à la presse parisienne que 40 % des acteurs non agréés ne comptent tout simplement pas solliciter cette licence, tandis que 30 % n’ont pas encore communiqué leurs intentions au régulateur. L’échéance est pourtant formelle : les entreprises qui n’auront pas obtenu leur licence devront cesser leurs activités en France dès le mois de juillet. Si les délais varient selon les pays membres de l’Union européenne, le couperet français approche à grands pas.
Ce règlement, approuvé en 2023 et dont l’application s’est échelonnée jusqu’en 2025, vise à harmoniser un paysage réglementaire jusqu’ici fragmenté entre les 27 États membres. Il impose des obligations strictes en matière de réserves de capital et de protection des consommateurs. Des géants comme Coinbase, Circle et Revolut ont déjà pris les devants. Gemini, par exemple, a récemment obtenu son agrément via Malte, qualifiant cette étape de « jalon critique » pour son expansion européenne. Mark Jennings, responsable Europe de Gemini, soulignait en août dernier que la clarté de la régulation européenne constitue désormais une fondation solide pour l’adoption mondiale des actifs numériques.
Le Bitcoin brise le plafond de verre
Loin de se laisser intimider par ce durcissement réglementaire, le marché réagit avec vigueur. Le prix du Bitcoin a bondi cet après-midi, traversant la zone de résistance pour s’établir au-delà des 96 000 dollars, marquant une hausse d’environ 4,4 % sur 24 heures. Cette percée met fin à plusieurs semaines de stagnation et de trading en dents de scie.
Les volumes d’échanges ont suivi la tendance, grimpant à près de 55 milliards de dollars en une journée, signe d’un retour massif des acheteurs qui reprennent le contrôle de la structure du marché à court terme. La capitalisation boursière totale du Bitcoin avoisine désormais les 1 920 milliards de dollars, confirmant sa domination absolue sur le secteur des actifs numériques, alors que l’offre en circulation se rapproche doucement du plafond théorique des 21 millions d’unités.
Tensions législatives aux États-Unis
Cette embellie sur les marchés survient dans un contexte politique américain pourtant complexe. Le comité de l’agriculture du Sénat américain a en effet repoussé l’examen très attendu du Digital Asset Market Structure CLARITY Act à la fin janvier. Bien que la commission bancaire maintienne son calendrier pour le 15 janvier, ce retard trahit des divisions profondes au Congrès.
John Boozman, président du comité de l’agriculture, a dévoilé un nouveau calendrier prévoyant la publication du texte législatif pour le 21 janvier, suivi d’un vote en commission le 27. Ce délai suggère que les leaders du Sénat peinent à rassembler les voix nécessaires, bloqués par des désaccords persistants sur la supervision de la finance décentralisée (DeFi), la gestion des stablecoins et la répartition des pouvoirs entre la SEC et la CFTC. Malgré l’adoption d’une version du texte par la Chambre des représentants mi-2025, l’absence de consensus au Sénat laisse planer un doute sur l’avenir immédiat de la régulation américaine, sans pour autant freiner l’optimisme actuel des investisseurs.